Mis en avant

BlackRock à l’Élysée : légion d’honneur pour les voleurs de nos retraites

Pour me suivre, rendez-vous sur : Facebook / Twitter

BlackRock.

Ce nom rocailleux résonne depuis quelques semaines dans les médias, associé aux commentaires sur la réforme des retraites en cours.

Tant et si bien, que le groupe, d’ordinaire discret, s’est récemment fendu d’une déclaration pour justifier ses activités : « En aucune manière, nous n’avons cherché à exercer une influence sur la réforme du système de retraite par répartition en cours auprès des pouvoirs publics ou de tout autre acteur du secteur. […] Les incompréhensions sur notre métier qui ont circulé au cours des derniers jours plaident pour que nous poursuivions la pédagogie à propos des activités de gestionnaire d’actifs ».

BlackRock à l’Elysée

Ils sont un peu gênés, et pour cause. BlackRock, c’est l’éléphant au milieu de la pièce comme diraient les américains.

On ne devrait voir que lui. Premier gestionnaire d’actifs financiers au monde, après seulement 30 ans d’existence. Le groupe gère aujourd’hui plus de 6000 milliards de dollars américains, soit plus de deux fois le PIB français.

On ne voit d’ailleurs que ça, les parts de BlackRock inc. dans les entreprises américaines : Google, Facebook, Apple, Amazon, Microsoft, etc. Il possède plus de parts d’ailleurs que les fondateurs mêmes de ces entreprises.

Et en France aussi. BlackRock possède plus de 5% des actions de Total, Vinci, Sanofi, La Société Générale. En tout, 18 entreprises du CAC40 dont il est un des principaux actionnaires.

Et aujourd’hui, en plein combat pour nos retraites, on s’aperçoit que l’éléphant a pris ses aises dans le magasin de porcelaine et qu’il est en train de tout casser.

On se rend compte que BlackRock ne se contente pas seulement d’acheter – et de piller – nos entreprises. Sa puissance financière en fait le premier conseiller des Etats qui élaborent ainsi des réformes à sa mesure.

Son influence fait l’objet de missions officielles, menées auprès des banques centrales des Pays-Bas, de l’Espagne, de l’Irlande, de Chypre ou de la Grèce, apeurées depuis la crise de 2008, et dument facturées. La Banque centrale européenne (BCE) a ainsi payé 8 millions d’euro pour que BlackRock teste sa solidité et prodigue ses précieux conseils.

L’emprise institutionnelle de BlackRock se mesure aussi dans l’hexagone où le fonds de gestion est de toutes les initiatives gouvernementales destinées aux investisseurs sous le mandat Macron. Il faut dire que Larry Fink, créateur et PDG du groupe, avait tout de suite vu en lui, le réformateur que BlackRock attendait. Après avoir été reçu une première fois à l’Elysée dès juin 2017, il déclarait, en pleine lune de miel : « Nous verrons si les réformes se font. Nous pensons que cette présidence est positive pour la France et surtout pour l’Europe, qui sera plus forte, grâce à un axe franco-allemand plus solide. Si Macron fait les réformes dont il a parlé pendant la campagne, s’il a une forte relation avec la chancelière et peut la convaincre de dépenser une partie de son excédent, cela produira un très bon résultat ».

En octobre 2017, la relation était bien installée. C’est donc BlackRock qui recevait à l’Elysée. Larry Fink privatisait ainsi le salon Murat une journée entière pour faire défiler devant lui et ses co-dirigeants les ministres – Bruno Le Maire, Elisabeth Borne, Benjamin Griveaux, Muriel Pénicaud – qui exposeront, tremblotants, leurs projets de réforme pour le pays. Ils ne sont pas ingrats cela dit, les grands chefs de BlackRock, et savent défendre l’élu de leur cœur.

Philipp Hildebrand par exemple. Vice-président mondial de BlackRock, il est aussi l’ancien président de la banque centrale suisse (de 2010 à 2012).

Commentateur averti des élections, il en faisait déjà son chouchou en avril 2017, à un mois du scrutin présidentiel. « Macron est quelqu’un d’extrêmement courageux, ça on le voit, il faut du courage pour essayer ce qu’il essaye de faire. Ensuite il est tout à fait conscient que la France a besoin de réformes, des réformes économiques, notamment autour du marché du travail, ça c’est évident. Il a même essayé dans le gouvernement de passer des réformes dans la loi travail [la loi El Khomri de 2016]. Je dirais que c’est un réformateur extrêmement courageux. Je dirais aussi qu’il a tout à fait la perspective juste en ce qui concerne l’Europe. » (Pardonnez-moi, émission de la Radio Télévision Suisse, dimanche 02 avril 2017).

Le présentateur interrogeait ensuite, plein d’espoir : « Cette manière qu’a Emmanuel Macron d’assumer d’avoir été banquier, d’avoir une relation avec le monde de l’argent, est-ce que ça peut réconcilier les français avec ça, avec le monde de l’argent, avec l’économie ? ». Et Philipp Hildebrand répondait par l’affirmative, confiant dans les capacités de son poulain à répondre aux attentes des français qui estiment « que ça ne peut pas continuer comme ça ». Juste après, il se défendra même dans un sourire d’avoir dit que la France avait « une économie presque soviétisée », soulignant ainsi la retenue et la modération de ses propos, et citant Macron, jamais décevant, qui aurait quant à lui déclaré « que la France c’est un peu Cuba mais sans le soleil ».

En octobre 2017, il faisait partie du jury des auditions avec petits fours organisées au salon Murat de l’Elysée. Et un an plus tard, en octobre 2018, le même Philipp Hildebrand publiait une tribune dans le Financial Times pour défendre les courageuses réformes de Macron sur le marché du travail et les baisses d’impôts.

Bref, le président français était officiellement adoubé, après avoir gagné ces batailles sociales.

Le pactole des retraites

Mais si la philosophie du gouvernement Macron était la bonne, pour gagner sa guerre, il fallait les retraites à BlackRock. Cœur de son action aux Etats-Unis, le groupe gère les compléments de retraite de nombre d’américains via les ETF, son produit phare. Et le gain potentiel est énorme en France, seul pays où les retraites sont gérées via un système de répartition, et où l’épargne-retraite peut constituer un nouveau produit financier juteux.

La loi Pacte, votée en avril 2019, simplifiait, entre autres mesures pour « la croissance et la transformation des entreprises », le fonctionnement de l’épargne-retraite. Cette loi était immédiatement saluée dans une note produite par BlackRock France et sobrement intitulée : « Loi Pacte, le bon plan retraite ». Le nerf de la guerre y était franchement désigné : « En ce qui concerne le troisième pilier, des réformes ont également été mises en place au cours des 15 dernières années, à commencer par la création dès 2003, des régimes d’épargne collectifs (PERCO) et individuels (PERP), favorisant la constitution d’une épargne individuelle pouvant être utilisée pour augmenter les revenus pendant la retraite. Fin 2017, seuls 130 milliards d’euros avaient été collectés dans ces produits, ce qui est décevant par rapport à l’épargne déposée en liquidités (1.500 milliards d’euros), les produits d’assurance-vie en euros (1.600 milliards d’euros) ou les investissements directs/indirects en actifs non financiers (plus de 7.600 milliards d’euros) »

Mais il fallait parachever l’œuvre. Avec de discrètes actions de lobbying, le groupe a donc indiqué la marche à suivre au gouvernement. Comme le petit poucet, il a semé ses cailloux sur le chemin de la capitalisation, déjà suivi par tant d’autres États.

Pour y arriver, BlackRock a placé ses hommes aux bons endroits.

Membre du Groupe des Trente, un think tank économique super-influent établi à Washington, Philipp Hildebrand appartient à son groupe de travail sur l’avenir des retraites.

Jean-François Cirelli, le PDG de BlackRock France Belgique et Luxembourg, est quant à lui membre de CAP22, le comité mandaté par Edouard Philippe pour faire des propositions de réformes au gouvernement.

Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Cirelli court les plateaux pour défendre la réforme des retraites du gouvernement, et use et abuse de tautologies pour vendre ses produits : « Je crois que c’est l’intérêt de ce nouveau texte du gouvernement, de la loi, que de permettre aux français, enfin, de s’approprier l’épargne retraite. Et nous BlackRock, qui avons cette expérience, nous voulons mettre cette expérience au service de cette nouvelle épargne retraite. […] Et l’avantage de cette épargne retraite c’est que c’est bon pour les français et ce sera bon pour l’économie puisqu’on mettra plus de produits pour le développement de l’économie française. […] BlackRock veut être beaucoup plus présent dans ce beau pays et nous avons de grandes ambitions pour BlackRock en France » (sur FranceinfoTV, décembre 2019). Bref, si c’est bon pour BlackRock, c’est bon pour vous.

Pour ses bons et loyaux services, Jean-François Cirelli a été promu, ce 1er janvier, officier de la légion d’honneur par le Premier ministre.

Une façon de placer 2020 sous les meilleurs auspices pour ceux qui se rêvent en fossoyeurs de nos retraites.

Autant d’arrogance laisse penser qu’ils entrevoient la victoire, qu’ils la sentent déjà acquise après les vœux conquérants et aveuglés du président Macron hier soir.

Alors, ne leur laissons pas gagner la guerre. Dénonçons sans relâche la présence de ce rocher dans la chaussure du gouvernement. Retrouvons-nous dans la rue le 9 janvier, et soutenons celles et ceux qui luttent pour notre avenir.

Pour me suivre, rendez-vous sur : Facebook / Twitter

Où sont les masques, M. Macron ? – Histoire d’un mensonge d’État

C’est l’histoire d’un dévoilement, d’un mensonge officiel, d’un mensonge qui s’est lentement déchiré.

On a vu fleurir les témoignages sur les réseaux sociaux. Comme celui de Sabrina Ali Benali, médecin urgentiste à domicile.

Des médecins, des AVS, des infirmières, cette demande revenait : « donnez-nous des masques ».

ACTE 1 : CIRCULEZ, Y A RIEN À VOIR

Pourtant, le 26 janvier, il y a deux mois donc, Agnès Buzyn, alors ministre de la santé, se voulait très rassurante : nous avons déjà tout ce qu’il faut !

Elle expliquait, sereine : « Aujourd’hui, il n’y a aucune indication à acheter des masques pour la population française, nous avons des dizaines de millions de masques en stock. En cas d’épidémie, ce sont des choses qui sont d’ores et déjà programmées ». Bref, tout était prévu.

Puis, pendant que l’épidémie progressait en France, et face aux premiers témoignages de soignants, les questions se faisaient plus insistantes.

Un mois plus tard, le 23 février, son successeur, Olivier Véran expliquait que la France était en train de s’équiper, de procéder à l’achat de « dizaines de millions de masques ». Et le ministre promettait : « Nous allons faire le nécessaire pour que [les personnels de santé] puissent disposer de masques adaptés à chaque situation dans un marché qui est tendu sur le plan international. Et nous allons notamment travailler avec les entreprises productrices de masques FFP2, qui […] sont situées sur le sol français, et nous passons une commande ».

Les masques arrivaient, de façon imminente.

Quelques jours plus tard, le 27 février, Edouard Philippe confirmait les propos de son ministre de la santé à la sortie d’une réunion avec les chefs de partis et de groupes parlementaires sur le Covid-19 : « Nous avons commandé 200 millions de masques supplémentaires, qui viennent s’ajouter aux réserves déjà constituées et évidemment mobilisables ».

Et le Premier ministre en profitait pour distiller des conseils de civisme : « Aujourd’hui, la meilleure façon de se protéger ce n’est certainement pas de se précipiter en pharmacie pour acheter des masques. C’est même assez fortement déconseillé. Comme d’ailleurs pour les pénuries d’essence, c’est ce genre de comportements qui risque de créer une pénurie de masques, alors même que des populations pourront elles en avoir le besoins ».

Si chacun faisait preuve de calme, la pénurie était évitable.

ACTE 2 : L’AVEU

Le 28 février, l’OMS publiait un rapport stratégique sur la situation en Chine et montrait que le pays était en train de contenir l’épidémie. Ce rapport préconisait notamment que toute la population porte des masques et se lave les mains régulièrement. Grâce à ces mesures simples, associées à une politique massive de tests et d’isolement des cas positifs, le virus pouvait être contenu.

Mais notre gouvernement était occupé. Trop occupé pour lire les recommandations de l’OMS et évaluer nos stocks de masques. Car le 29 février, Edouard Philippe consacrait un conseil des ministres exceptionnel, initialement dédié à la gestion de la crise du Covid-19, à l’utilisation du 49.3 pour faire adopter sans délai la réforme des retraites contre laquelle les français se battaient depuis des mois.

Le 3 mars, interpellé lors des questions au gouvernement sur nos stocks de masques, Olivier Véran avouait : « Suite à l’épisode de la grippe H1N1, une grande concertation a été organisée de manière à déterminer les stocks dont la France avait besoin pour se prémunir de la survenue de nouveaux épisodes viraux […] En 2011 il a été déterminé que la France n’avait pas à faire de stock d’État des fameux masques FFP2 [un masque filtrant qui protège davantage que les masques chirurgicaux]. Il n’y a donc pas de stock d’État. » 

Il s’avérait donc finalement que tout n’était pas prévu.

Le traumatisme relatif à la gestion de l’épidémie H1N1 en 2009 avait fait le vide dans les stocks. Pour la grippe A, la France avait commandé 1 milliard de masques chirurgicaux et 700 millions de FFP2, pour une épidémie finalement bénigne.

Pour tirer les leçons de cet immense gaspillage, un rapport du Sénat de 2015, préconisait ainsi à chaque établissement de santé de constituer ses propres stocks en masques FFP2. Chaque hôpital étant lui-même soumis à une logique austéritaire… les stocks ont été insuffisamment pourvus.

ACTE 3 : LA REPRISE EN MAIN

La pénurie était là, finalement.

Le 3 mars, le Premier ministre ordonnait donc la réquisition par décret de l’ensemble des stocks et productions de masques sur le territoire national.

Une image contenant capture d’écran

Description générée automatiquement

Le 3 mars, toujours, Véran dégainait des mesures tous azimuts : « J’ai déstocké deux fois 15 millions de masques, par camion dans toutes les officines de France […], nous sommes le seul pays à avoir fait une réquisition. […] Nous sommes en train d’acheminer massivement des masques partout où nous le pouvons et il y a une gestion de ces masques qui doit se faire dans la durée ».

Les camions roulaient. Les masques arrivaient. La situation était sous contrôle.

Le 7 mars, le président et son épouse allaient au théâtre.

Mais il y avait visiblement des bouchons sur les routes. Les soignants s’impatientaient, se plaignaient toujours. Pas de masques.

Le 13 mars, le ministre de la santé, Olivier Véran assurait sur Europe 1 : « J’ai informé hier [jeudi] soir tous les leaders syndicaux des médecins libéraux ainsi que le président du Conseil national de l’Ordre des médecins qu’ils auraient des masques FFP2 qui leur seront donnés. C’est immédiat, la logistique part d’abord en direction des sites où la circulation du virus est la plus active et (où) nous commençons à faire appel à la médecine de ville en premier rideau ».

Et les soignants ne voyaient toujours rien venir.

ACTE 4 : LE SENS DU DEVOIR

Le 15 mars, Sabrina et beaucoup d’autres, allaient soigner la peur au ventre. Peur pour soi bien sûr, pour ses proches, évidemment, mais peur de contaminer ses patients, surtout, en étant si souvent au contact du virus et si mal protégés. La distorsion terrible de la mission des soignants, faute du matériel leur permettant de l’assurer normalement.

Le lendemain, le 16 mars, le Président leur rendait un hommage émouvant, à ces soignants envoyés au front sans protection.

Emmanuel Macron déclarait alors : « Nous sommes en guerre. La Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. Nous leur devons des masques, du gel, tout le matériel nécessaire et nous y veillons et veillerons. Nous avons décidé avec les scientifiques de réserver les masques en priorité pour l’hôpital et pour la médecine de ville et de campagne, en particulier les généralistes, les infirmières désormais en première ligne aussi dans la gestion de la crise ».

Il promettait, lui aussi, des camions, des solutions : « Des masques seront livrés dans les pharmacies dès demain soir dans les 25 départements les plus touchés. Mercredi pour le reste du territoire national. J’ai aussi entendu le message des spécialistes, en particulier des chirurgiens-dentistes et beaucoup d’autres. Des solutions seront trouvées avec le Ministre de la Santé dans les prochaines heures ».

Le 16 mars toujours, Olivier Véran communiquait sur la stratégie de gestion et d’utilisation maîtrisée des masques « dans les zones où le virus circule activement » en les destinant prioritairement aux professionnels de santé.

On y était. La gestion de la pénurie.

Le choix de celles et ceux qui seraient protégés pour exercer leur métier, sans qu’il soit possible de les protéger tous.

Et les AVS, les caissières, les boulangères, les sages-femmes étaient envoyées au turbin sans masques.

Le 17 mars, à la sortie du Conseil des ministres, Sibeth Ndiaye justifiait cette politique de rationnement par l’évidence : « cette première ligne de soignants, si elle est elle-même trop infectée par le coronavirus, nous allons au-devant de graves difficultés ».

Mais le 18 mars, Philippe Juvin, chef du service des urgences de l’hôpital Georges Pompidou à Paris, rendait compte de la réalité entêtée : « Ce qu’il faut résoudre, absolument résoudre, c’est la question des masques. […] Mais je regarde toute la médecine de ville, tous nos collègues médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, toutes ces personnes qui vont à domicile aider les personnes âgées à faire leur toilette, à manger… Ils n’ont pas de masques ! » 

ENTRACTE : LA MASCARADE

Pour gérer la communication de crise relative à la pénurie, le président envoyait ses meilleures VRP à la télé.

S’ensuivaient de navrantes scènes d’acrobaties rhétoriques :

Le 19 mars, Agnès Pannier-Runacher, sur BFMTV : « La distance d’un mètre, c’est la meilleure garantie de ne pas être contaminé. […] Les masques, on s’est aperçu que c’était un vecteur de contamination pour des gens qui ne savaient pas bien les utiliser. […] Ils tripotent le masque toute la journée et avec leurs mains, ils se mettent en situation d’être exposés au virus. »

Le lendemain, le 20 mars, Sibeth Ndiaye, chez Bourdin : « Les masques ne sont pas nécessaires pour tout le monde. Et vous savez quoi ? Moi, je ne sais pas utiliser un masque. L’utilisation d’un masque, ce sont des gestes techniques précis, sinon on se gratte le nez sous le masque et en fait on a du virus sur les mains, on a une utilisation qui n’est pas bonne et ça peut être même contre-productif. »

Toujours le 20 mars, sur BFMTV à nouveau, Agnès Pannier-Runacher se relançait finalement dans le road-movie des masques pas totalement dispensables : « 15 millions de masques sont sur les routes, beaucoup de pharmacie ont été livrées, pas toutes ».

ACTE 5 : LA TRANSPARENCE

Un mois après les supposées commandes annoncées par le ministre de la santé, le 21 mars, le gouvernement décidait enfin de rassembler les industriels pour augmenter la production française de masques.

Les masques presque livrés, n’étaient finalement pas encore produits.

Ces mêmes entreprises, du fait de l’absence de décisions des autorités françaises étaient occupées depuis un mois à fabriquer des masques pour d’autres pays. C’est le cas de l’entreprise Valmy qui avait reçu une commande du NHS (National Health Service) britannique avant celle de la France.

Le 24 mars, pendant les QAG, Olivier Véran reconnaissait le problème mais pas la responsabilité.

C’est la faute de la mondialisation : « Il ne faut pas se mentir : quand toute la production mondiale, ou presque, est localisée dans une région de Chine et qu’il se trouve que c’est cette région qui subit de plein fouet une épidémie, avant même que celle-ci n’arrive en Europe, il ne faut pas s’étonner que les usines de production tombent en rade. J’ai émis des bons de commandes pour des centaines de millions de masques en provenance de Chine avant même que les usines chinoises n’aient rouvert ».

C’est la faute du gouvernement précédent : « Nous n’avons pas choisi les difficultés matérielles que nous rencontrons : nous les subissons, qu’il s’agisse des masques ou, comme c’est parfois le cas, des réactifs […] tout ce matériel du quotidien dont nous ne disposions pas en quantité suffisante quand l’épidémie a commencé. Avant même qu’elle commence, nous avons anticipé en passant des commandes partout où c’était possible ».

Et se lançait, la main sur le cœur, dans une grande opération de transparence : « je me suis exprimé en toute transparence, depuis le premier jour, à propos des masques et du matériel de protection. J’ai donné les chiffres des stocks de l’État disponibles : aucun stock de masques FFP2 et quelque 86 millions de masques chirurgicaux. J’ai annoncé que nous avions distribué 70 millions de masques depuis la fin du mois de février et que j’avais décidé du déstockage de 20 millions de masques, partis cette semaine à destination des hôpitaux et des EHPAD, en privilégiant toujours les territoires dans lesquels la circulation virale est la plus active. J’ai également annoncé un déstockage dans les prochains jours à destination de la médecine de ville. Je n’ai pas caché les difficultés que nous affrontions en matière de stocks d’État puisque, hélas, nous devons faire avec depuis plusieurs semaines ».

Beaucoup d’annonces, peu de résultats.

Le 25 mars, le président Macron, à Mulhouse, félicitait son brave ministre « Vous avez un Gouvernement qui est à la tâche, œuvrant pour trouver les solutions et se battant. Le ministre de la Santé reviendra dans les prochains jours, comme il l’a déjà fait et comme il le fait constamment sur les sujets les plus sensibles, en toute transparence. Le sujet des masques, des respirateurs, des tests et des traitements pour apporter toutes les explications, toutes les demandes d’informations légitimes, mais sans que nous ne cédions à aucune forme de division sans que jamais nous ne céderons au flot de fausses informations. Nous n’avons qu’une priorité : battre le virus. »

Beaucoup d’explications, peu de résultats.

ACTE 6 : LES SOLUTIONS

Mais enfin, le 28 mars, le ministre de la santé expliquait, triomphal : « Plus d’un milliard de masques ont été commandés depuis la France et l’étranger pour les semaines et mois à venir. […] Un pont aérien étroit et intensif entre la France et la Chine a été mis en place de manière à faciliter les entrées des masques sur notre territoire ».

Cette dernière annonce vient parachever la sinistre comédie des masques qui dure, et qui tue, depuis 2 mois.

Mais pourquoi avoir tant tardé ? 

Ils connaissaient les stocks dont nous avions besoin.

Santé publique France, institution gouvernementale chargée de la gestion des crises, préconisait, dans un rapport, en mai 2019 : « En cas de pandémie, le besoin en masques est d’une boîte de 50 masques par foyer, à raison de 20 millions de boîtes en cas d’atteinte de 30% de la population », soit 1 milliard de masques.

Une image contenant capture d’écran

Description générée automatiquement

Aujourd’hui, la confiance est brisée.

Le 29 mars, 92 professionnels de santé représentant le collectif C19 ont adressé, via un cabinet d’avocats, une sommation interpellative au ministère des Solidarités et de la Santé pour recevoir « les contrats » et « commandes » de masques, quel que soit leur type, qui ont été conclus par l’État depuis le 20 décembre 2019.

Le 30 mars, Sabrina rentrait d’une nouvelle nuit de garde.