BlackRock à l’Élysée : légion d’honneur pour les voleurs de nos retraites

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BlackRock.

Ce nom rocailleux résonne depuis quelques semaines dans les médias, associé aux commentaires sur la réforme des retraites en cours.

Tant et si bien, que le groupe, d’ordinaire discret, s’est récemment fendu d’une déclaration pour justifier ses activités : « En aucune manière, nous n’avons cherché à exercer une influence sur la réforme du système de retraite par répartition en cours auprès des pouvoirs publics ou de tout autre acteur du secteur. […] Les incompréhensions sur notre métier qui ont circulé au cours des derniers jours plaident pour que nous poursuivions la pédagogie à propos des activités de gestionnaire d’actifs ».

BlackRock à l’Elysée

Ils sont un peu gênés, et pour cause. BlackRock, c’est l’éléphant au milieu de la pièce comme diraient les américains.

On ne devrait voir que lui. Premier gestionnaire d’actifs financiers au monde, après seulement 30 ans d’existence. Le groupe gère aujourd’hui plus de 6000 milliards de dollars américains, soit plus de deux fois le PIB français.

On ne voit d’ailleurs que ça, les parts de BlackRock inc. dans les entreprises américaines : Google, Facebook, Apple, Amazon, Microsoft, etc. Il possède plus de parts d’ailleurs que les fondateurs mêmes de ces entreprises.

Et en France aussi. BlackRock possède plus de 5% des actions de Total, Vinci, Sanofi, La Société Générale. En tout, 18 entreprises du CAC40 dont il est un des principaux actionnaires.

Et aujourd’hui, en plein combat pour nos retraites, on s’aperçoit que l’éléphant a pris ses aises dans le magasin de porcelaine et qu’il est en train de tout casser.

On se rend compte que BlackRock ne se contente pas seulement d’acheter – et de piller – nos entreprises. Sa puissance financière en fait le premier conseiller des Etats qui élaborent ainsi des réformes à sa mesure.

Son influence fait l’objet de missions officielles, menées auprès des banques centrales des Pays-Bas, de l’Espagne, de l’Irlande, de Chypre ou de la Grèce, apeurées depuis la crise de 2008, et dument facturées. La Banque centrale européenne (BCE) a ainsi payé 8 millions d’euro pour que BlackRock teste sa solidité et prodigue ses précieux conseils.

L’emprise institutionnelle de BlackRock se mesure aussi dans l’hexagone où le fonds de gestion est de toutes les initiatives gouvernementales destinées aux investisseurs sous le mandat Macron. Il faut dire que Larry Fink, créateur et PDG du groupe, avait tout de suite vu en lui, le réformateur que BlackRock attendait. Après avoir été reçu une première fois à l’Elysée dès juin 2017, il déclarait, en pleine lune de miel : « Nous verrons si les réformes se font. Nous pensons que cette présidence est positive pour la France et surtout pour l’Europe, qui sera plus forte, grâce à un axe franco-allemand plus solide. Si Macron fait les réformes dont il a parlé pendant la campagne, s’il a une forte relation avec la chancelière et peut la convaincre de dépenser une partie de son excédent, cela produira un très bon résultat ».

En octobre 2017, la relation était bien installée. C’est donc BlackRock qui recevait à l’Elysée. Larry Fink privatisait ainsi le salon Murat une journée entière pour faire défiler devant lui et ses co-dirigeants les ministres – Bruno Le Maire, Elisabeth Borne, Benjamin Griveaux, Muriel Pénicaud – qui exposeront, tremblotants, leurs projets de réforme pour le pays. Ils ne sont pas ingrats cela dit, les grands chefs de BlackRock, et savent défendre l’élu de leur cœur.

Philipp Hildebrand par exemple. Vice-président mondial de BlackRock, il est aussi l’ancien président de la banque centrale suisse (de 2010 à 2012).

Commentateur averti des élections, il en faisait déjà son chouchou en avril 2017, à un mois du scrutin présidentiel. « Macron est quelqu’un d’extrêmement courageux, ça on le voit, il faut du courage pour essayer ce qu’il essaye de faire. Ensuite il est tout à fait conscient que la France a besoin de réformes, des réformes économiques, notamment autour du marché du travail, ça c’est évident. Il a même essayé dans le gouvernement de passer des réformes dans la loi travail [la loi El Khomri de 2016]. Je dirais que c’est un réformateur extrêmement courageux. Je dirais aussi qu’il a tout à fait la perspective juste en ce qui concerne l’Europe. » (Pardonnez-moi, émission de la Radio Télévision Suisse, dimanche 02 avril 2017).

Le présentateur interrogeait ensuite, plein d’espoir : « Cette manière qu’a Emmanuel Macron d’assumer d’avoir été banquier, d’avoir une relation avec le monde de l’argent, est-ce que ça peut réconcilier les français avec ça, avec le monde de l’argent, avec l’économie ? ». Et Philipp Hildebrand répondait par l’affirmative, confiant dans les capacités de son poulain à répondre aux attentes des français qui estiment « que ça ne peut pas continuer comme ça ». Juste après, il se défendra même dans un sourire d’avoir dit que la France avait « une économie presque soviétisée », soulignant ainsi la retenue et la modération de ses propos, et citant Macron, jamais décevant, qui aurait quant à lui déclaré « que la France c’est un peu Cuba mais sans le soleil ».

En octobre 2017, il faisait partie du jury des auditions avec petits fours organisées au salon Murat de l’Elysée. Et un an plus tard, en octobre 2018, le même Philipp Hildebrand publiait une tribune dans le Financial Times pour défendre les courageuses réformes de Macron sur le marché du travail et les baisses d’impôts.

Bref, le président français était officiellement adoubé, après avoir gagné ces batailles sociales.

Le pactole des retraites

Mais si la philosophie du gouvernement Macron était la bonne, pour gagner sa guerre, il fallait les retraites à BlackRock. Cœur de son action aux Etats-Unis, le groupe gère les compléments de retraite de nombre d’américains via les ETF, son produit phare. Et le gain potentiel est énorme en France, seul pays où les retraites sont gérées via un système de répartition, et où l’épargne-retraite peut constituer un nouveau produit financier juteux.

La loi Pacte, votée en avril 2019, simplifiait, entre autres mesures pour « la croissance et la transformation des entreprises », le fonctionnement de l’épargne-retraite. Cette loi était immédiatement saluée dans une note produite par BlackRock France et sobrement intitulée : « Loi Pacte, le bon plan retraite ». Le nerf de la guerre y était franchement désigné : « En ce qui concerne le troisième pilier, des réformes ont également été mises en place au cours des 15 dernières années, à commencer par la création dès 2003, des régimes d’épargne collectifs (PERCO) et individuels (PERP), favorisant la constitution d’une épargne individuelle pouvant être utilisée pour augmenter les revenus pendant la retraite. Fin 2017, seuls 130 milliards d’euros avaient été collectés dans ces produits, ce qui est décevant par rapport à l’épargne déposée en liquidités (1.500 milliards d’euros), les produits d’assurance-vie en euros (1.600 milliards d’euros) ou les investissements directs/indirects en actifs non financiers (plus de 7.600 milliards d’euros) »

Mais il fallait parachever l’œuvre. Avec de discrètes actions de lobbying, le groupe a donc indiqué la marche à suivre au gouvernement. Comme le petit poucet, il a semé ses cailloux sur le chemin de la capitalisation, déjà suivi par tant d’autres États.

Pour y arriver, BlackRock a placé ses hommes aux bons endroits.

Membre du Groupe des Trente, un think tank économique super-influent établi à Washington, Philipp Hildebrand appartient à son groupe de travail sur l’avenir des retraites.

Jean-François Cirelli, le PDG de BlackRock France Belgique et Luxembourg, est quant à lui membre de CAP22, le comité mandaté par Edouard Philippe pour faire des propositions de réformes au gouvernement.

Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Cirelli court les plateaux pour défendre la réforme des retraites du gouvernement, et use et abuse de tautologies pour vendre ses produits : « Je crois que c’est l’intérêt de ce nouveau texte du gouvernement, de la loi, que de permettre aux français, enfin, de s’approprier l’épargne retraite. Et nous BlackRock, qui avons cette expérience, nous voulons mettre cette expérience au service de cette nouvelle épargne retraite. […] Et l’avantage de cette épargne retraite c’est que c’est bon pour les français et ce sera bon pour l’économie puisqu’on mettra plus de produits pour le développement de l’économie française. […] BlackRock veut être beaucoup plus présent dans ce beau pays et nous avons de grandes ambitions pour BlackRock en France » (sur FranceinfoTV, décembre 2019). Bref, si c’est bon pour BlackRock, c’est bon pour vous.

Pour ses bons et loyaux services, Jean-François Cirelli a été promu, ce 1er janvier, officier de la légion d’honneur par le Premier ministre.

Une façon de placer 2020 sous les meilleurs auspices pour ceux qui se rêvent en fossoyeurs de nos retraites.

Autant d’arrogance laisse penser qu’ils entrevoient la victoire, qu’ils la sentent déjà acquise après les vœux conquérants et aveuglés du président Macron hier soir.

Alors, ne leur laissons pas gagner la guerre. Dénonçons sans relâche la présence de ce rocher dans la chaussure du gouvernement. Retrouvons-nous dans la rue le 9 janvier, et soutenons celles et ceux qui luttent pour notre avenir.

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8 commentaires sur « BlackRock à l’Élysée : légion d’honneur pour les voleurs de nos retraites »

    1. Dommage que ce matin sur BFM une ministre défende ce genre de société avec un pseudo journaliste qui n approfondie pas la question…..ah oui c vrai BFM est la chaîne du gouvernement

      Aimé par 1 personne

  1. Assimiler M. Cirelli à Blackrock montre l’’étendue dans vos recherches. M. Cirelli a été haut fonctionnaire pendant plus de 20 ans et a participé à plusieurs gouvernements avant d’intégrer Blackrock il y a 2 ans.
    En outre avant de critiquer sans fin la retraites par capitalisation, allez en parler à FO, le gestionnaire des 15 milliards de PREFON, la retraite par capitalisation des fonctionnaires.

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